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La traite négrière en quelques dates

traite.GIF1454 : La bulle du pape Nicolas V autorise le principe de l’esclavage des Noirs pour soutenir le monopole commercial du Portugal en Afrique. Ainsi il concède au roi du Portugal : « […] la faculté pleine et entière d’attaquer, de conquérir, de vaincre, de réduire et de soumettre tous les Sarrasins, païens et autres ennemis du Christ où qu’ils soient, avec leurs royaumes, duchés, principautés, domaines, propriétés, meubles et immeubles, tous les biens par eux détenus et possédés, de réduire leurs personnes en servitude perpétuelle […] »

1635 : Colonisation de la Guadeloupe et de la Martinique par la France

1642 : Louis XIII autorise la traite des Noirs

1685 : Le « Code noir », en France, inspiré par Colbert, dénie toute personnalité civile et juridique aux esclaves, considérés comme des « meubles ».

1794 : Abolition de l’esclavage dans les colonies françaises par la Convention.

1802 : Rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe par Napoléon (à l’époque, la Martinique était anglaise)

1804 : Indépendance d’Haïti

1815 : Les puissances européennes s’engagent à interdire la traite négrière au Congrès de Vienne. Louis XVIII, après avoir annulé tous les actes de Napoléon, confirme en juillet l’abolition de la traite. Mais l’esclavage est maintenu.

1824 : Création de l’association des femmes contre l’esclavage.

1834 : Création à Paris de la « Société française pour l’abolition de l’esclavage ». Abolition de l’esclavage dans les colonies anglaises

1848 : Abolition de l’esclavage dans les colonies françaises.

1880 : Abolition de l’esclavage à Cuba.

1980 : Abolition de l’esclavage en Mauritanie

1998 : 23 mai, marche du CM98 pour les 150 ans de la commémoration de l’esclavage rassemblant plus de 40 000 personnes à Paris

2001 : 10 mai, loi Taubira reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité.

L’ESCLAVAGE MODERNE
2013 : 5 août, la loi introduisant le crime d’esclavage, les délits de servitude et de travail forcé a été publiée au Journal officiel.

Le texte

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Afin de pouvoir retourner libre aux Antilles, Mary Prince entamera à Londres une procédure d’affranchissement, car ses propriétaires s’opposaient totalement à sa libération, en allant jusqu’à la calomnie.
Elle sera représentée par Thomas Pringle, avocat abolitionniste. Il fera transcrire pour le juge, le récit de sa vie, sachant que ce récit serait publié et servirait de témoignage pour abolir l’esclavage dans les colonies et pour que Mary Prince puisse gagner sa liberté.

Voici un extrait de la préface à la première édition de 1831, rédigée par Thomas Pringle :

« Ce fut Mary Prince la première qui suggéra l’idée d’écrire son histoire. Elle souhaitait, disait-elle, que les bonnes gens d’Angleterre puissent apprendre de la bouche d’une esclave les sentiments et les souffrances d’une esclave. […] Le récit fut recueilli sous la dictée de Mary par une dame qui se trouvait alors l’hôte de ma famille; elle le prit par écrit en entier. […] Aucun fait d’importance n’a été coupé, aucun détail, aucun sentiment n’a été ajouté. »

Le récit de Mary Prince a été publié en 1831 à Londres, sous le titre de The History of Mary Prince. A West Indian Slave Narrative.

L’histoire de Mary Prince

Premier témoignage d’une esclave sur sa condition, écrit avant l’abolition de l’esclavage en 1831 dans les colonies britanniques, Mary Prince raconte avec pudeur et retenue son incroyable odyssée.

bermudes

Née aux Bermudes, vendue à l’âge de douze ans, elle est ballottée de maître en maître, d’île en île, jusqu’à Antigua. Puis elle suit son dernier propriétaire en Angleterre où elle demande son affranchissement.

Restituant son parcours et son combat, Mary Prince va dépeindre avec humanité la réalité, ou plutôt les différentes réalités de la vie des esclaves : le quotidien d’une esclave de maison, d’une esclave dans une saline ou encore des esclaves dans les champs.

Elle nous fera ressentir l’enfer de vivre sous le joug de maîtres tout-puissants, qui ont tous les droits et peuvent donc, au gré de leurs caprices, battre, tuer, abuser, torturer…

Arrivée esclave, Mary Prince est devenue immédiatement libre en Angleterre puisque l’esclavage n’existait pas dans le Royaume-Uni. Mais elle devra encore se battre pour retrouver son mari aux Antilles sans retourner à sa condition d’esclave, l’esclavage ayant toujours cours dans les colonies.

Dans le contexte de l’époque, Daniel Maragnès dans l’édition La Véritable Histoire de Mary Prince chez Albin Michel, souligne l’audace de cette prise de parole qui va bien au-delà d’un simple texte autobiographique.

En effet, ce témoignage présente un intérêt exceptionnel tant du point de vue politique qu’historique : politique, car le XIXe siècle voit aboutir la lutte pour la suppression de l’esclavage ; historique, parce qu’il nous oblige à entendre une voix que l’on condamnait au silence.

La bouleversante histoire de Mary Prince nous rappelle que l’esclavage est un crime contre l’humanité.